29.11.2009
51) Tony Miceli : The Master's Voice
Tony Miceli est un personnage que j'admire énormément. Affilié à son vibesworkshop depuis plus d'un an, je lis ses textes (il en tape des tonnes, il tchatte jour et nuit avec des dizaines de personnes à la fois (je me demande quand il trouve le temps de dormir) je travaille ses "lessons" (certaines sont des oeuvres d'art) et je profite de ses conseils. Mais il ne faut pas oublier que ce grand pédagogue est aussi un brillant artiste. Le voici à l'oeuvre, hier soir (samedi 28 nov 2009) dans un club de philadelphie : Chris' Jazz Cafe. Il nous rappelle en quelques minutes d'un solo étourdissant sur If I Should Lose You que le jazz n'est vraiment du jazz que quand il swingue. Et là, mon Tony, il swingue autant que les All-Blacks (dans un autre domaine) le faisaient le même soir. Quel gaillard !
Ce jazz-là, ce n'est pas du jazz pour les blaireaux, c'est le jazz "bon comme là-bas" qu'on peut entendre dans les clubs des grandes villes Américaines.
If I Should Lose You
Tony Miceli (vibraphone) Tom Lawton (piano) Bob Collogan (b) Dan Monaghan (dms)
Extrait du même gig :
Bemsha Swing
Commentaire de Tony :
Check out Pianist Tom Lawton's solo. Tom is a true genius like Gary.
Tom transcribes and memorizes solos by playing along with them on the dashboard of his car on the way to gigs.
He can do tricks like play a tune and play each hand in a different key, take solos and everything with each hand in a different key. He can hear anything and play it back and transpose things like Bartok excerpts on the spot and put them in solos.
But he can barely tie his shoes and I've seen him struggling with his synth because it won't work. And I'm watching to see how long it takes for him to realize it's not plugged in.... I had to tell him.
So he's a character and a GREAT person. And a rare musician to have around Philly.
Faites bien attention au solo de Tom Lawton, le pianiste. Tom est un vrai génie, comme Gary. En se rendant à ses concerts, Tom transcrit et mémorise des solos en pianotant sur le tableau de bord de sa voiture. Il peut faire des trucs comme de prendre un thème et de le jouer chaque main dans une tonalité différente. Il peut improviser dans deux tonalités à la fois. Tout ce qu'il entend, il est capable de le rejouer instantanément et de transposer des trucs comme des passages de Bartok sur le vif, pour les intégrer à ses solos.
A côté de çà, il est à peine capable de lacer ses godasses. Je l'ai vu de bagarrer avec son synthé qui refusait de marcher. Et je suis là, à compter combien de temps il va lui falloir pour s'apercevoir qu'il n'est pas branché. Je suis obligé de le lui dire.
Oui, c'est un vrai personnage, et un type SUPER. Et un musicien précieux sur la scène de Philly.
21:57 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : toni miceli, philippe briand, papamutt carhaix, jazz, musique
15.11.2009
50) SPIKE HEATLEY, grand old enfant terrible of the double bass.
Article paru dans la revue anglaise Jazz Journal, octobre 2009.
Spike Heatley réside aujourd'hui à Trévérien, en Ille-et-Vilaine

Spike Heatley et Anita O'Day au Marquee, 1958
Je roule sur la voie de droite...
C'est ainsi que je décrirais la vie que je mène aujourd'hui en Bretagne. Pour un musicien abonné aux avions, aux trains, aux bateaux, et aux autoroutes, ça fait un sacré changement.
Nous nous sommes installés en Bretagne il y a dix-sept ans. C'étaient mes premières vraies vacances depuis un bon nombre d'années. Nous étions descendus jusqu'à La Manga, en Espagne, où j'allais jouer avec Terry Jenkins et Dave Newton, pour le « Henry Cooper Golf Classic ». Au retour, nous avons traversé l'Espagne et la France en prenant notre temps, pour atterrir finalement en Bretagne. Je me suis entiché du coin. Il me rappelait l'Angleterre de mon enfance.
Auparavant, je n'avais pas vraiment envisagé de vivre un jour à l'étranger, mais je voyais bien que j'arrivais à un tournant. Je voulais toujours continuer à gagner ma vie en jouant du jazz, mais la chose devenait de plus en plus difficile en raison de la disparition progressive du travail de studio. A une certaine époque, un musicien de studio Londonien pouvait faire deux ou trois séances par jour, cinq ou six jours par semaine, dans toutes sortes de genres : chanteurs, orchestres, shows télévisés, musiques de films, mais petit à petit, la demande est allée en diminuant.
J'ai eu la chance de connaître une carrière assez active, combinant le jazz et le travail en studio. Après mon service militaire dans la police de la R.A.F., j'ai joué au Palace Hotel de Karachi en 1956-57, et j'ai travaillé mon instrument comme un malade, y compris la lecture à vue, ce qui m'a rendu un fier service par la suite. Quand je suis rentré à Londres en 1958, ça swinguait dur ! Je suis allé à New-York avec le grand clarinettiste Vic Ash, et en rentrant, j'ai fait partie des Jazz Couriers (Quintette Ronnie Scott-Tubby Hayes, ndt) pour les six derniers mois de leur existence, auprès de celui qui est à mon avis le meilleur batteur anglais de tous les temps, Phil Seamen.
En 1959, avec Eddie Thomson et Stan Roberts, j'etais l'un des bassistes attitrés du nouveau Ronnie Scott's Club, et ensuite, je suis entré dans le grand orchestre de Johnny Dankworth.

Pendant les années 60 et 70, j'ai fait beaucoup de séances, notamment pour Play Away, la célèbre émission de la BBC pour les enfants. Dans les années 80, j'ai tourné avec mon quartette qui comprenait Alan Barnes, John Horler et Malcom Mortimore. Je faisais aussi partie de la section rythmique des Great Guitars (un vrai régal), ainsi que du trio européen de Barney Kessel, et de celui d'Oliver Jones, le merveilleux pianiste canadien. En plus de cela, je faisais un peu de studio quand l'occasion se présentait.
The Oliver Jones Trio, featuring Spike Heatley, 1982
Un jour, Len Skeat m'a demandé de faire un remplacement à York. J'y suis allé, et après le gig, ma femme a pris le volant pour faire la longue route du retour. Je devais être au studio le lendemain matin à neuf heures ! J'ai décidé qu'après avoir mené ce train-là pendant toutes ces années, l'heure était venue de changer de régime. Nous sommes repartis en France, et nous avons acheté la jolie ferme où nous habitons aujourd'hui.

Spike Heatley à Trévérien, 2008
Rapidement, la rumeur s'est répandue qu'un musicien anglais s'était installé dans le coin, et un jour, j'ai reçu un coup de fil de Philippe Briand, un très bon batteur qui a joué avec Dizzy Gillespie, tout en étant prof d'anglais dans la journée. Nous avons travaillé ensemble en de nombreuses occasions, mais jamais dans la région où je réside. La musique la plus populaire, en Ille-et Vilaine, est la musique celtique, et à ce que je peux voir, on ne trouve guère de jazz. Bien entendu, il y a toujours l'option du jazz manouche, mais ça se passe le plus souvent dans de petits bars où les cachets sont inexistants, et ce n'est pas mon truc. J'ai continué à jouer, mais toujours en voyageant, ce dont je ne voulais pas, même si la conduite sur les autoroutes françaises est un vrai plaisir, quand on connaît l'équivalent anglais. Et puis peu à peu, tout est parti en quenouille. Alors, j'ai résolu de ranger la basse et de tout arrêter. Je n'aurais pensé en arriver là.
Spike Heatley, composer
Tristesse d'Automne (Spike Heatley), par Papamutt Carhaix (vibraphone)+Real Tracks
Quimper 27 nov 2009
Into Somewhere (Spike Heatley)
Spike Heatley(b), Michel Goldberg (sopr.s), René Goaër (p), Peter Gritz (dms)
Lesconil, nov.2002
Un jour de 1994, Ernie Roscouet, le fondateur du festival de jazz de Jersey, m'a demandé de venir y jouer avec Johnny Van Derrick, Gary Potter et Phil Bond. Je me suis lié d'amitié avec Ernie, et courant 2000, il m'a appelé pour me dire que Martin Taylor se trouvait chez lui et demandait à me rencontrer. Nous les avons invités à dîner, et ce fut la fin de ma retraite. Ils ont sorti les guitares et m'ont demandé de les accompagner. J'ai failli m'arracher la peau des doigts, mais le résultat fut que j'étais à nouveau accro !
Peu après, j'ai appris le décès de mon vieux pote Bill Lesage. Nous avions été voisins de palier pendant quinze ans. Je suis allé à son enterrement à Mortlake, et ensuite j'ai participé au Ealing Jazz Festival avec Bill Eyden, Jimmy Hastings, Phil Lee, et Jim Lawless au vibraphone. Pendant mon séjour à Londres, j'ai écrit un peu de musique, et j'ai réuni un groupe pour l'enregistrer : Dave Newton au piano, Malcom Mortimore à la batterie, Mick Hanson à la guitare et Roy Williams au trombone, un musicien que j'ai toujours admiré. Un soir, alors que nous préparions pour cette séance d'enregistrement au Studio Curtis Schwartz, dans le Sussex, je suis allé faire un tour dans un club, et je suis tombé sur mon vieil ami Danny Moss, que je n'avais pas vu depuis des années. Il avait fait le voyage d'Australie avec son fils. Danny est le parrain d'un de mes gosses. Je lui ai dit : « Dan, si tu peux te pointer au studio tel et tel jour, je t'écris un thème ou deux, et tu seras sur mon CD. Et c'est comme ça que nous avons produit l'album « the Other Side of the Coin ».
A peu près à la même époque, Ernie Roscouet m'a demandé de constituer un quartette pour participer une fois de plus à sa « Semaine du Jazz » de Jersey. Je me suis dit : « la grand'mère n'est pas encore morte », et j'ai réuni Jim Lawless au vibraphone, Andrew Williams à la guitare, Malcom Mortimore à la batterie pour former ce qui est encore à l'heure actuelle le Spike Heatley Quartet. Nous avons participé aux six dernières éditions du festival de Jersey, et nous avons fait deux ou trois petites tournées en Angleterre. Le quartet possède un vaste répertoire, et tout ce qui nous manque, c'est de trouver quelques engagements supplémentaires. Notre dernier CD, « Zurich Express », en hommage à Bill LeSage, a été favorablement reçu par la critique. J'ai aussi enregistré un CD en Bretagne avec Bruce Adams à la trompette, Tony Marshall à la guitare et Malcom Mortimore à la batterie. Il est intitulé « As Sure As You're Born », et paru sur le label Mainstem. A l'origine, l'enregistrement n'était pas à la hauteur de ce que nous attendions, mais il a heureusement été « rattrapé » par notre propre ingénieur du son, Jim Mortimore, du Studio Jimzplace, dans le Sussex.
J'ai entendu récemment une bonne chanteuse anglaise, Gillian Harrison, qui est l'épouse d'un des mes amis français, J.B. Breton, également contrebassiste. Nous allons monter un répertoire pour deux basses et la voix de Gillian. Pour le moment ce n'est encore qu'un projet, mais l'esprit créatif est en marche ! J'aimerais aussi faire une nouvelle tournée avec mon quartette. La dernière en date, dans une série d'endroits échelonnés entre le Sussex et le Dorset, a été un succès. Mais pour le moment, c'est retour aux autoroutes sans voitures et à la vie au ralenti, sur la voie de droite, agrémentée peut-être d'un ou deux verres d'excellent vin.
Santé !

http://en.wikipedia.org/wiki/Spike_Heatley
Traduction : Papa Mutt Carhaix
09:10 | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : spike heatley, philippe briand, musique, jazz, music
06.10.2009
49) Swing derrière les barreaux
Suite des anecdotes de Tony Miceli :
Récemment, j'ai mis en ligne quelques histoires d'élèves pas très brillants. Cela m'a évidemment amené à passer en revue certains aspects de ma carrière d'enseignant et de musicien. L'un d'eux concerne mes années passées en prison. J'ai passé environ 8 ans en prison avec mon vibraphone.
Pas comme détenu ; comme professeur de musique et comme musicien. J'ai reçu une bourse pour aller travailler et donner des concerts dans les prisons. Il se trouve que je me produisais chaque année au Mellon Jazz Festival, à Philadelphie, et une fois, mon concert a eu lieu à la prison de Graterford, un des centres de redressement pénitentiaire de l'état de Pennsylvanie. Toutes les stations de radio, toutes les chaînes de télévision, tous les journaux étaient là. Je savais que ça allait faire du bruit dans Landerneau.
J'ai bossé dans plusieurs prisons pour femmes, pour hommes, et dans des prisons pour mineurs. Ce qui m'a étonné, dans ces « centres de redressement pénitentiaires pour la jeunesse », ainsi qu'on les appelle, c'est d'y rencontrer quelques jeunes incroyablement intelligents. Un assez grand nombre, en fait.
Pour moi, la prison est un endroit où règne un chaos invraisemblable, toujours sur le point de se déchaîner, et que le système s'efforce de garder sous contrôle. C'est complètement dingue, là-dedans, et vous ne pouvez jamais savoir ce qui va éclater tout près de vous dans la seconde qui suit. Pour moi, ça s'est toujours à peu près bien passé, mais on nous montrait toujours un endroit où courir nous réfugier et nous enfermer à clé, au cas où ça tournerait au vinaigre.
Une des choses qui m'ont poussé à abandonner, c'est de voir les mêmes gars être libérés, et toujours revenir dans le système. En d'autres termes, sortir pour mieux replonger. Ca, c'est le truc qui m'a vraiment fichu en l'air, qui m'a fait péter les plombs. Jusqu'à ne plus pouvoir retourner en prison pour y travailler et pour y jouer de la musique.
Aussi, il m'était particulièrement pénible d'apprendre ce que certains de mes élèves avaient fait. Le genre de crimes qu'ils avaient commis. Dans une des ces prisons, je suis devenu pote avec un détenu. Un saxophoniste. Je l'avais vraiment à la bonne. Et puis j'ai découvert qu'il avait dévalisé une vieille dame avant de la violer. La vieille dame était morte. Beurk. Ce n'est pas le moment de dire que la première impression est toujours la bonne. J'ai eu bien du mal à rester son ami après ça, mais j'ai essayé.
L'autre truc, c'est qu'il y a des types en tôle qui sont vraiment innocents. C'est drôle, parce que de temps en temps un maton venait me dire : « pauvre mec, il ne devrait pas être ici, et tout le monde le sait. » D'un autre côté, il paraît que tous ceux qui sont en prison sont innocents ; c'est du moins ce qu'ils disent.
Il y en avait un qui s'appelait Eddie, et qui, de l'avis général, était en tôle pour un meurtre qu'il n'avait pas commis. Avec quelques autres personnes, j'ai participé à un mouvement visant à le faire libérer. J'ai convaincu un juge de mes amis de prêter son concours. Ce juge a examiné les preuves, et a déclaré qu'à son avis le type était innocent. Peu après, le vrai coupable a avoué sur son lit de mort, et malgré ça, ils n'ont toujours pas voulu le libérer. Il a fallu attendre plusieurs années. Bon, finalement il est sorti, et peu de temps après il s'est fait piquer à faire les poches des clients dans les vestiaires des restaurants de la ville. Essayez d'y comprendre quelque chose.
Une des choses que j'ai apprises au cours d'un stage de formation, c'est à articuler le mot « NON ! ». En prison, c'est un mot que vous devez utiliser, sous peine de vous trouver harcelé par les détenus. Ils sont au bout du rouleau, et ils vous demandent de leur rapporter des trucs de l'extérieur, ou de faire sortir des messages. Il y a vraiment tout un tas de sales types dans les prisons. Elles ressemblent un peu à des refuges pour sociopathes !
Il y aussi des gens qui peuvent vous émouvoir. Avec ma première femme, qui était actrice, nous avons bossé dans une prison et sommes devenus amis avec un jeune homme de 18 ans. Il avait battu sa mère à mort avec une batte de base-ball ! Mais c'était 15 ans après l'affaire, et il était incroyablement gentil et doux. Depuis, il a été libéré, et la dernière fois que je l'ai vu, il se débrouillait très bien.
Je me souviens d'un orchestre que j'avais formé dans une prison, où tous les musiciens étaient soit des rescapés du couloir de la mort, soit des condamnés à la prison à vie pour meurtre. Cela voulait dire que chacun des musiciens avait tué quelqu'un sauf moi, ou plus précisément : chacun des membres de cet orchestre avait été déclaré coupable de meurtre, sauf moi.
Si vous vous rappelez l'histoire de la communauté MOVE à Phildalphie (http://www.icl-fi.org/english/wv/918/move.html), et l'encerclement par la police, la fusillade et le bombardement qui a conduit à la destruction de tout un quartier de la ville, vous savez que ça a été un épisode complètement dingue de l'histoire de Philadelphie. J'ai travaillé dans une prison pour femmes où certaines des filles de MOVE faisaient leur temps. Cétaient des nanas incroyables, qui bossaient du matin au soir dans la prison, sans jamais faire de pause. J'en suis tombé par terre, de les voir se démener. A mes yeux, ce n'étaient pas les monstres qu'on avait dépeints aux infos. Je n'ai pas réussi à savoir si c'était de l'info ou de l'intox.
Un autre moment incroyable, ce fut quand une bande de motards a fait irruption dans ma salle. C'étaient des malabars, complètement fêlés, et dangereux. Ils m'ont forcé à leur jouer du Hendrix sur mon synthé. Et pas question de refuser. Je n'avais pas envie, mais il n'y avait pas de gardiens dans les parages, et comment dire non ? Le lendemain, un des membres de la bande est revenu. C'était une montagne humaine, avec un air mauvais et le corps couvert de tatouages de prison (les tatouages bleus). Il avait des attelles aux jambes, séquelles de blessures reçues dans des bagarres. Mais il avait apporté un violon. Nous avons fait le bœuf pendant près d'une heure. Je n'arrivais pas à y croire. J'ai appris par la suite qu'il avait attaché un type à un arbre, et qu'il l'avait battu à mort.
Je n'ai pas rencontré de talents exceptionnels, en prison, mais c'était étonnant de voir des gens essayer de faire de la musique dans un environnement comme celui-là. S'il y une chose que j'ai apprise en prison, c'est qu'il y a un peu de tout dans chacun d'entre nous. J'ai connu des assassins qui étaient des types incroyablement gentils. Des Hell's Angels qui pouvaient se montrer angéliques aussi bien que des gardiens qui étaient de vrais faux-culs, dans un système pénitentiaire qui pédalait dans la choucroute.
Le système pénitentiaire est l'un des plus gros employeurs de Pennsylvanie. Au bout du compte, un prisonnier était une espèce de bétail. Personne ne désirait sincèrement le voir s'améliorer. C'était une industrie qui, d'une certaine façon, désirait le voir revenir après sa libération. Le directeur d'une prison de sécurité minimale (une simple ligne jaune pour marquer les limites) m'a dit qu'il voulait faire élever une clôture. Une clôture signifiait davantage de prisonniers, donc davantage de gardiens, et donc un plus gros salaire pour sa pomme.
Pendant un certain laps de temps, de mon point de vue, ce fut une expérience intéressante. J'en ai appris beaucoup sur la vie. J'ai compris que pour la plupart, nous avons fait des trucs dans notre vie de tous les jours, qui dans des circonstances différentes auraient pu nous conduire tout droit au placard. Beaucoup d'entre nous, j'imagine, ont pris le volant après avoir bu (au moins une petite fois ?), et même en faible quantité. J'ai rencontré des tas de femmes qui avaient eu un accident, et tué le conducteur de la voiture qui venait en face. Ça, c'est un homicide involontaire, et le tarif, c'est 5 ans de prison. J'ai de la chance, parce que j'ai fait des trucs dans ma vie qui auraient pu facilement me valoir la tôle. Quand j'ai compris ça, j'ai vu s'estomper la ligne qui sépare les prisonniers des gens ordinaires. J'ai compris que ce qui nous différencie de ceux qui sont derrière les barreaux, c'est qu'eux se sont fait prendre, et payent l'addition. Beaucoup d'entre nous autres, qui sommes du bon côté, sont heureux de ne s'être pas fait piquer, et ont fini par piger comment ça marche. C'est mon cas.
Tony MICELI, octobre 2009
Traduction Papamutt Carhaix.
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